Depuis 1895 !

La Couronne d’Or, un bistrot plus que centenaire

Regardez le plancher, les tables : vous êtes dans une pinte de la fin du XIXe siècle. Un bistrot qui a traversé le temps un peu par miracle, beaucoup par la persévérance de certaines personnes.

L’existence de la Couronne d’Or est avérée depuis 1895 (elle est dans le bottin téléphonique de cette année-là…). Le bistrot est donc plus que centenaire. Il est même fort probable que sa création date de la construction de la rue des Deux-Marchés, dès 1870.

Sous la terrasse de la Couronne d’Or coule la Louve. La rue doit son nom aux deux marchés qu’elle reliait pendant des décennies: celui de la Riponne, qui proposait fruits et légumes; et celui de la place du Tunnel, axé sur le bétail et les porcs.

En 1895, le bistrot du numéro 13 de la rue des Deux-Marchés n’avait pas encore son suffixe doré. Il s’appelait Café- Brasserie de la Couronne. Lors des travaux de rénovations que nous avons entrepris de juillet 2006 à janvier 2007, nous avons même pu apercevoir cette ancienne inscription, sous l’actuelle, malheureusement irrécupérable.

Ce n’est que vers la première guerre mondiale que le bistrot s’est paré d’or pour s’appeler Café de la Couronne d’Or. Peut-être pour se démarquer d’un autre Café de la Couronne, qui existe depuis des années à la rue de Bourg.

Depuis 1895, La Couronne d’Or a connu 11 exploitants (12 avec les actuels). Elle a notamment été tenue par Solange Panchaud de 1967 à 2006. Pendant longtemps, l’ilot Riponne-Tunnel, qui abrite la Couronne, était promis à la démolition. Le canton voulait construire à sa place un bâtiment administratif. C’est grâce au combat d’un comité formé d’habitants du quartier – dont le fer de lance était l’ancien député vert et éditeur Michel Glardon – que cet îlot a pu être sauvé. Aujourd’hui, la coopérative Riponne-Tunnel est la propriétaire des bâtiments.

En été 2006, nous avons entrepris de lourds travaux. L’idée était de garder tous ce qui pouvait l’être et de changer ce qui devait être changé. Le système électrique, les égouts, le chauffage, l’eau, les toilettes : tout a dû être refait à neuf. Nous avons installé une ventilation, inexistante auparavant. L’idée était de conserver l’esprit «pinte» de ce bel espace, tout en l’ouvrant à un large public. Nous avons conservé les tables, les catelles de la cuisine (sol et mur), nettoyé de fonds en combles la cave.

Les travaux nous ont réservé de jolies surprises. En abattant un mur, nous sommes tombés sur le claustrat qui séparait la cuisine de la salle à boire. Même madame Panchaud ne connaissait pas son existence. Nous l’avons consolidé et conservé. Les carreaux qui restent encore aujourd’hui sont d’origine. Nous avons aussi ôté le vieux linoléum qui recouvrait le sol de la salle à boire depuis les années 1960. Dessous, nous avons découvert un vieux parquet en hêtre. Nous l’avons récupéré en plusieurs étapes. Pour le comptoir, qui et de la marque Beauregard, une marque de bière aujourd’hui disparue, nous avons dû nous battre comme de beaux diables pour pouvoir le conserver. La plupart des entreprises consultées nous invitaient à le mettre à la casse.

Un vieux bistrot, c’est plein d’anecdotes

Un vieux monsieur est passé un jour. Il m’a expliqué qu’il travaillait à la voirie de Lausanne, qu’il avait d’ailleurs planté l’arbre qui se trouve en haut de la rue. La voirie avait à l’époque des locaux juste à côté – les employés profitaient pour aller boire un demi de blanc à la pause de 9 heures. Il m’a expliqué qu’il venait manger presque tous les jours à midi à la Couronne d’Or. Et jamais  au Lausanne-Moudon ? «Ouh, ça c’était pour les riches, à l’époque. La Couronne, c’était une vraie cantine, très populaire.»

Un samedi, une dame de 90 ans est venue à la Couronne. Elle nous a expliqué qu’elle était «née dans ce bistrot». Ses grands-parents tenaient la Couronne d’Or. Lorsque son père est décédé de la grippe espagnole, peu avant sa naissance en 1918, sa mère s’est installée dans le quartier. Elle travaillait chez un chemisier à la rue Haldimand. Le bébé restait la journée entière dans un bac à lessive, posée sur une des tables du bistrot, surveillée par ses grands-parents. Cette dame de 90 ans nous a apporté des photos, que vous pouvez voir dans la vitrine située près des toilettes.

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